dimanche 8 janvier 2012

SOS Relations mère-filles...


Madame Vigée Le Brun, autoportrait avec sa fille, 1786

Les relations mère-fille sont un vaste sujet, et j'ai pu constater avec surprise qu'elles pouvaient déjà être compliquées alors que nos enfants ne sont que des nourrissons. Je parlerai plus de Lily que de sa sœur dans ce post, car jusqu'à présent c'est elle qui m'a posé le plus de peine, de soucis, et si je me pose peu de questions pour Louise, je m'en pose mille fois plus pour son aînée de 9 minutes.

Lily a été la première de mes filles à prendre conscience de ma présence, une véritable conscience de l’autre, autour de 5 mois. J'ai pu voir ses grands yeux noirs me fixer sans ciller, et, était-ce mon imagination ou la réalité, j'avais l'impression qu'elle me dévorait du regard et d'amour. Pourtant, elle a commencé à affirmer un caractère fort très vite, et parfois d'une manière un peu violente pour moi. J’avais beau savoir que c'était normal (j'ai été une enfant et une adolescente, donc un chameau ingrat également), je ne m'attendais pas à ce que cela commence si tôt. C’était bien trop tôt à mon goût.
Lily a commencé à privilégier sa grand-mère, comme si cette dernière était devenue tout pour elle, et me elle rejetait assez violemment. Au départ, je n'ai pas trop dit, car je n'ai rien contre le fait que ma fille adore sa grand-mère, puisque j'adore la mienne et que j'estime qu'on a le cœur assez grand pour aimer plusieurs personnes très fort. Il est pourtant arrivé un moment où la situation est devenue critique, car je ne pouvais plus l'embrasser pour la coucher, la changer, la câliner. Elle me rejetait en permanence, et c'était « non, non, non » tout le temps, jusqu'à ce que je décide que ce n'était plus possible.

J'ai bien sûr cherché les causes de ce rejet: son caractère, l'âge (j'ai parlé à beaucoup de mamans et beaucoup m'ont confié passer des soirées à pleurer à cause de leurs rejetons), la prématurité ou la gémellité ? Je pense que c'est un mélange de tout cela, mais je pencherai plutôt pour la dernière raison. En anglais, on appelle cela « sibling rivalry », la rivalité entre frères et sœurs. Comme beaucoup de personnes, j'ai connu cela et je suis donc capable de comprendre ce que c'est que d'avoir un frère ou une sœur, mais je n'ai pas été à sa place à elle. J'ai été dans la situation inverse, la dernière arrivée, donc celle qui fait un peu chier et dont on se serait bien passée (cela n'a pas empêché mon frère de m'aimer, bien sûr).

Je crois que Lily, qui aime pourtant sa sœur follement, et qui m'aime également aussi beaucoup, n'a pas supporté, et très tôt, de ne pas être unique à mes yeux, comme un bébé pourrait l'être aux yeux de sa mère. Bien sûr, cette situation est banale, car beaucoup de mères ont plusieurs enfants, voire beaucoup d'enfants, et il est normal qu'elles se partagent. Mais peu de mamans ont deux bébés (ou plus) en même temps, et il est vrai qu'un nourrisson accapare beaucoup plus l'attention de sa mère les premiers mois. Avec deux nourrissons et uniquement une paire de bras, le dilemme est immense, le manque pour le nourrisson énorme, et la culpabilité de la mère grandissante. 
Qui choisir d'allaiter quand les deux bébés pleurent et ont faim ? Qui câliner quand les deux ont besoin de câlins en même temps ? Comment passer un moment privilégié avec un seul de ses enfants ? Quand un enfant finit-il par en avoir assez de tout partager avec son frère ou sa sœur et quand commencer à leur offrir ou leur faire porter des choses « à eux » ? Comment faire comprendre à deux petites filles du même âge, deux sœurs, deux enfants très différentes, que je les aime à la folie, toutes les deux ? Comment ne pas voir le regard jaloux de l'une quand je câline l'autre ? 

Aller chercher les petites à la crèche a été un véritable calvaire pour moi depuis le début. J'ai remarqué une règle tacite entre elles (elles ne communiquent pas encore trop par la parole donc c’est presque animal, inné): la première qui touche une personne a des droits sur cette personne, et l'autre doit s'effacer au profit de sa sœur. C'est comme ça avec les mamies, mais c'est malheureusement comme ça pour moi aussi à la crèche. C'est-à-dire qu'au lieu de voir une Lily folle de joie de voir sa maman venir la chercher à la crèche le soir, j'ai droit à une Lily ivre de joie de me voir, qui court vers moi, mais qui s'arrête net en voyant que sa sœur m’a « eue » la première. La voilà qui hausse les épaules, me tourne le dos et retourne à ses occupations. J'ai aussi droit au bon gag du « je me précipite vers toi comme une folle, mais quand je vois mamie derrière toi, je fais un puuuuutain de virage pour t'éviter grognasse et je vais étreindre ma mamie que j'adore, car tu n’es une grosse merde ». Un couteau planté directement dans mon cœur, dans mon ventre, au quotidien.

Jusqu'au coup de pied dans la poitrine et dans la mâchoire de trop pendant le change, dimanche dernier.  Elle ne voulait pas me faire mal, bien sûr mais je me suis retrouvée à sangloter dans mon coin, épuisée de chercher à plaire à ma fille, à lui faire comprendre que je l'aime plus que tout, et que si, elle est unique pour moi. Mais là j'en ai eu marre, ras-le-bol. Oui, je sais, ce n'est pas une adulte, mais très honnêtement, j'étais bien loin d'imaginer à quel point un enfant pouvait être capable de vous pousser à bout. J'ai regardé Petit Chéri et je lui ai dit : « Ce n'est pas comme ça que je veux exercer mon rôle de mère, ce n'est pas moi. Cela ne me plait pas, je ne m'aime pas ainsi. J'ai toujours voulu être une mère cool, mais juste, attentionnée. J'ai toujours eu envie d'être proche tout en les éduquant, mais là c'est trop, j'en ai marre. J'en ai marre de passer mes journées à hurler, d'être une sale gueularde (je vous jure que je n'aurais jamais pensé pouvoir hurler aussi fort et aussi souvent, mes voisins doivent être en train de faire une pétition). J'en ai marre de punir, de donner des tapes, des fessées, alors que ces gestes-là me donnent envie de vomir, qu'ils n'apprennent rien à l'enfant et ne font qu'extérioriser ma frustration, ma violence, une violence intériorisée que je ne m'imaginais pas avoir et qui me fait honte, qui me dégoûte de moi-même. »

Ras-le-bol...
Le premier d'une longue série si je me rappelle bien tout ce que j'ai pu faire endurer à ma mère (mais bien plus tard, chapeau bas pour Lily qui démarre une carrière d'emmerdeuse à 2 ans tout juste). En parler à d'autres mères m'a fait du bien, car je me suis rendu compte qu'elles traversaient les mêmes choses que moi avec leurs enfants, que je n'étais pas la seule à me sentir totalement en échec avec une merdeuse de 2 ans que j'aime tellement que cela me consume.

Alors j'ai décidé de pleurer dans les bras de mon mari devant elle, et il lui a dit: « Tu vois Lily, maman pleure à cause de toi, elle est triste, car tu es vilaine avec elle ». Le soir, je me suis penchée au-dessus du lit, mais ce n'est pas un visage aimant qu'elle a vu. Je sais, c'est très dur de lire cela, mais ça l'est encore plus de le dire. Je lui ai dit que j'étais très déçue par son comportement, que j'avais mal au cœur et que pour l'instant, pour quelques minutes, j'allais être encore très en colère contre elle et qu'il allait falloir qu'elle l'accepte. Elle qui ne plie jamais, ne pleure jamais quand on la gronde et me regarde d'un air si dur parfois a semblé comprendre. J'ai vu qu'elle était triste et très touchée par mes paroles, elle s’est effondrée dans le lit et bien sûr cela m’a brisé le cœur, j’avais envie de la prendre dans mes bras, de la serrer, de la cajoler, mais cette fois-ci, je me suis retenue, pour la première fois. Bien sûr, je lui ai dit que je l'aimais, mais que je ne pouvais pas l'aimer comme ça, car cela me faisait du mal.

Depuis, mais pour combien de temps, les choses se sont arrangées. Lily est à nouveau très (trop) proche de moi. Elle se jette à nouveau dans mes bras pour m'accueillir à la crèche, me couvre de bisous baveux, pleure pour un oui ou pour un non et surtout quand on la gronde... Elle est maligne, elle a compris que la « stratégie » de sa sœur (qui n'en est certainement pas tout à fait une), la stratégie de la petite chose fragile semblait lui donner plus d’amour et d’attention que la stratégie du chameau. Nos relations sont beaucoup moins tendues, mais je me heurte à présent à un nouveau problème: les disputes de la fratrie pour avoir SA maman. 
- « Naaaaaan, maman lé à moaaaaaa »
- « Naaaaaan (pleurs), lé à moaaaaaaa maman, lé à moaaaaaaa »
Deux enfants sur les genoux pendant les transmissions à la crèche le soir, deux enfants à porter dans les bras pendant 500 m un soir de tempête cette semaine (25 kg dans les bras, oui, je peux le faire), deux enfants qui se précipitent sur moi pour « voler » le câlin de l'autre.

C'est con, mais franchement... Je préfère ça...


3 commentaires:

Mika La troll a dit…

En larmes, tellement bouleversant de lire qu'on peut pleurer devant son enfant et que l'enfant comprends.
Non, je ne peux pas comprendre la difficulté d'avoir deux enfants du même âge mais je comprends le 'coup' de trop.
Cette petite goutte qui fait déborder le vase de tous les rejets qu'on a.
tu es une maman fabuleuse, et tes filles, si elles ne le savent pas déjà, s'en rendront très vite compte !
NB : félicitations au Petit Chéri qui sait "y faire" avec ces "femmes".

KitKat a dit…

C'est fou comme tu sais à chaque fois retranscrire avec tant de justesse les épreuves par lesquelles je suis moi aussi passée !

Nathalie a dit…

Pas facile en effet ! J'ai aussi été retournée par mon Emilie ! J'ai plusieurs fois pleuré en me demandant pourquoi notre relation était si difficile alors qu'elle n'avait que 2 ans ! Aujourd'hui tout va mieux et on s'aime mais on s'aime ......... !