mardi 11 octobre 2011

Plaisir et parentalité...



J'ai beaucoup réfléchi au principe de plaisir et de parentalité ces derniers jours et la sortie du film Un heureux évènement m'a fait me rappeler les paroles du personnage du roman d'Éliette Abecassis, dont le film est tiré: "Pourquoi ne m'a-t-on rien dit?". C'est également le propos du spectacle de Florence Foresti, Mother Fucker, lorsqu'elle parle de la "brigade des nurses", qui empêche toute jeune mère de parler de grossesse, d'accouchement ou d'épisiotomie, sous peine de voir la race humaine s'éteindre en moins de 50 ans... Pourtant, j'imagine que ce film, comme le livre, est loin de vouloir donner des leçons ou de donner envie aux femmes de se faire ligaturer les trompes.

Vous êtes certainement en train de vous dire, "Allez, c'est le râlage mensuel de Mafalda, elle va encore se plaindre". C'est pas faux! Des petits soucis de santé m'ont mise au repos forcé pendant plusieurs semaines, juste après mon oral de Master, et nous savons bien que si le repos d'une maman signifie plus de temps pour faire des lessives ou pour commander des couettes de lit bébé pour l'hiver, il est aussi parfois propice à la réflexion.

J'ai beaucoup parlé de mes difficultés de maman de jumelles et j'ai partagé avec vous, lectrices et lecteurs chéris, mes crises de joie et de folie quotidiennes. Et souvent, mon propos se résumait à cette question: "Pourquoi ne m'a-t-on rien dit?". Les parents de jeunes enfants m'ont souvent dit "C'est que du bonheur, tu vas voir, c'est fantastique!" – Beurk, déjà je déteste cette expression, "que du bonheur"– Et à cela je répondrai toutefois que oui, c'est sans l'ombre d'un doute un bonheur infini, et c'est même mille fois plus fantastique que ce que je m'étais imaginé. Mais pourtant, personne n'a eu l'honnêteté de finir la phrase en me disant "... mais tu vas voir comme tu vas en chier!".  

Au début, on m'a dit que cela deviendrait plus facile quand on serait sortis du service de néonat où les petites sont restées pendant 6 semaines. Ensuite, on m'a dit que cela serait moins fatiguant au bout de trois mois. Alors on a attendu 3 mois, et puis 3 mois de plus pour qu'elles fassent leurs nuits, et cela s'est un peu arrangé. J'ai connu une courte période bénie d'un mois, quand elles avaient 9 mois, pendant laquelle elles ne marchaient pas encore, jouaient sur leur tapis sagement, faisaient leurs nuits ainsi que de longues siestes, étaient en super forme, et du coup moi aussi. Malheureusement, cette période bénie a été de courte durée, car nous avons entamé avec leur rentrée à la crèche un combat sans merci contre les maladies infantiles. Six mois de cauchemar pendant laquelle Petit Chéri travaillait 12 h par jour et moi de même, à courir entre la fac d'Avignon et mon domicile, à travailler jour et nuit et même le week-end pour faire "mes devoirs" pendant qu'elles dormaient. Notre vie, comme pour les six premiers mois de vie de nos filles, tournait à 90% autour de l'intendance. Nous étions en "mode survie" comme le dit si bien Petit Chéri. On a tenu bon, on n'avait pas le choix.

Pas de période bénie entre les maladies infantiles et le Terribles Twos, donc pas de break... On est passés d'une période horrible à une période ingrate. Entendez-moi bien, je continue à penser que le plaisir est dix fois plus grand que la difficulté lorsqu'on a des enfants, mais le problème c'est qu'il est aussi souvent dix fois plus rare. Cependant, ce sentiment d'être plus une intendante qu'une maman, toujours dans l'urgence, en mode automatique, car il faut soigner, faire les courses, faire à manger, laver le linge, faire le ménage et travailler, fait que les moments passés avec nos enfants peuvent parfois ne sembler qu'une contrainte de plus. Les repas sont souvent stressants, car les petites sont très fatiguées après 10h de crèche, c'est donc Petit Chéri qui les fait manger, moi je m'occupe de la toilette et du change avant de les coucher. Et puis maintenant il faut qu'elles se brossent les dents, qu'elles aillent au pot, mais j'ai beau aimer leur lire des histoires pendant le "potty training", j'avoue que maîtrisant l'art de changer une couche plus vite que mon ombre, je trouve ça allait plus vite avant.

Plus vite. Voilà le problème. Nous avons constamment la tête dans le guidon et tellement de choses à faire, sans parler des séries noires et petits soucis quotidiens: coupure d'ADSL depuis 2 mois alors que je travaille à la maison, disque dur de mon PC qui lâche et perte de données, ballon d'eau chaude qui claque, télé qui pète, voiture en panne, et pour finir, un dégât des eaux. Bref, de quoi ajouter un peu plus de stress à notre quotidien qui n'en manque pourtant pas.

C'est ainsi que depuis ce repos forcé, pas forcément moins speed ni stressant que la vie courante, car je continue à courir partout clopin-clopant, je me rends compte à quel point je passe très souvent à côté de l'essentiel et que je vais finir par dire comme tous les parents que c'est passé trop vite et qu'on n'en a pas assez profité. Et une culpabilité de plus, une! Ces moments bénis qui ponctuent notre vie, mais que l'on ne voit pas forcément, que l'on n'est pas non plus toujours enclins à partager, car on est trop fatigués, trop énervés, trop tout, tout le temps... J'ai conscience que ceci est le lot de la plupart des parents et que ce sentiment de culpabilité qui vient parfois nous titiller, nous le partageons tous, mais bon. Soupir.

Cela fait cependant 2 semaines que mes filles sont absolument adorables et je profite de ces moments extraordinaires, car je sais qu'ils ne durent jamais bien longtemps et de manière aussi forte. Mes paroles ci-dessus vous ont peut-être choqués, car on attend souvent des mamans qu'elles soient "sur un nuage de bonheur" en permanence et non qu'elles disent ce qu'elles ont sur le coeur. Mais c'est vrai, je profite de ce pur bonheur si rare où mes filles sont en bonne santé, en forme, relativement sages et surtout en même temps (et je parie que le seul fait de le dire aujourd'hui va entraîner la fin radicale de cette période bénie!). Peut-être ont-elles compris que je suis fatiguée, elles savent que j'ai "bobo" et elles me couvrent de câlins toute la journée, jouent avec moi mais sans m'accaparer, m'aident à ranger leur linge sale, leur vaisselle, mettent des choses à la poubelle quand je le leur demande, mangent bien et sans crise et me voilà dans une euphorie totale. Elles sont toutes fières de grandir et de m'aider, et elles me montrent combien elles m'aiment. Je me sens amoureuse de mes filles, même si je les aime en permanence, mais cette période est absolument formidable et je veux être capable d'en profiter le plus possible et de pouvoir le faire plus souvent, car c'est aussi l'état physique et mental des parents qui détermine l'état physique et mental des enfants. J'ai conscience que si les grands-parents profitent pleinement de leurs petits-enfants, c'est qu'ils n'ont pas les mêmes contraintes que nous, parents, et qu'eux aussi ont certainement raté plein de choses lorsque nous étions petits et que c'est maintenant qu'ils profitent pleinement de cette petite enfance si belle et si riche. Le plaisir à coté duquel ils sont peut-être un peu passés quand nous étions nous aussi des nains.

Bientôt, cette période bénie va se terminer, mais je vais profiter de ces moments qui nous permettent de recharger les batteries pour affronter ce quotidien ô si joyeux!

Je vais continuer de rire aux éclats quand Lily, folle du pot et des toilettes, mais incapable de pisser 3 gouttes quand elle y est, est tellement excitée et impatiente que le pipi arrive qu'elle se penche trop en avant et atterrit sur le front. Et boum la tête! Je vais continuer à lui lire l'Auto-Journal, Elle ou le catalogue de Picard, ses journaux préférés, avec une tête étonnée, comme si les framboises et les chaussures étaient un miracle absolument incroyable à observer et à commenter. Je vais la laisser faire des pipis de chat partout dans l'appartement, car elle est une naturiste dans l'âme et aime courir partout et chevaucher sa chenille à bascule à poil. Et surtout, la laisser enfouir son petit nez dans mon cou quand elle se laisse aller à la tendresse la plus folle avant le coucher.

Je vais continuer à regarder Petit Chéri faire danser la valse à Louise après le repas, chanter avec elle "Scions du bois", la bouffer de bisous jusqu'à ce qu'elle hurle de rire, lui manger les petons quand je la change, continuer à faire Godzilla et la poursuivre dans tout l'appartement, juste pour voir cet air de panique réjoui qui fait qu'elle ne sait pas si elle doit partir dans la direction opposée ou se jeter dans mes bras pour que je la protège. Et renifler son haleine de petite fille le matin, quand elle appuie sa tête contre mon épaule et qu'elle a la même coupe que Robert Smith en 1985.

Leur faire des "tatines" le matin et m'asseoir pour les manger avec elles, faire des câlins sandwichs allongée avec 24 kg de bébé sur le ventre, les emmener manger une brioche en famille sur le port le samedi matin avec leur papa, car c'est mon moment préféré de la semaine, faire le clown quand elles mangent, et laisser un peu de coté la maman fatiguée, vidée, stressée, malade ou triste, la maman qui crie, car il faut se préparer et aller toujours plus vite, plus vite.

Et puis même si je dois les punir de temps en temps et les mettre au coin, car elles me collent 40 stickers sur le parquet de leur chambre ou font des confettis avec leurs livres, je vais continuer à les regarder de loin, les larmes aux yeux de rire ou de remords, car être parent c'est aussi cela... Les élever.


3 commentaires:

Anonyme a dit…

Coucou ma belle.....Chouette article qui dit tout haut avec ''intelligence ''ce que les mamans pensent tout bas lol et j'exhulte la phrase la phrase ce n'est que du bonheur...Mais est très heureuse d'avoir mes loulous lol bonne continuation....Cat D. de Fb ♥

Audrey 38 a dit…

wahou ! quel article ! si bien décrit surtout sur la fin ou l on sent que tu profites de chaque petits moments, même ceux qui peuvent paraître les plus anodins , mais tellement précieux a nos yeux.

Miss G. a dit…

Toi, tu m'auras prévenue, merci :) Est-ce vraiment nécessaire de te dire encore et encore à quel point tu écris bien? Non, mais j'en ai cruellement envie à chacun de tes articles. Un jour un nouveau livre de Mafalda sortira...