vendredi 2 septembre 2011

La complicité des jumeaux...


Lorsque l'on m'a annoncé que j'étais enceinte de jumelles, je dois avouer que la part de fantasme concernant la maternité a été largement amplifiée en ce qui me concerne. Je naviguais dans un océan hormonal en imaginant mes filles allant à l'école, étudiant à Harvard, jouant de la guitare, faisant du chant, devenant vétérinaires, faisant le tour du monde... (bon les puces rassurez-vous, vous ferez ce que vous voudrez tant que cela vous rend heureuses, ne vous inquiétez pas pour moi).
J'étais aussi perdue dans mes préjugés et clichés concernant la gémellité, pensant qu'elles dormiraient ensemble dans leur couveuse, puis chez nous, unies comme les doigts de la main dès la naissance, etc, etc. Bref, je ne savais rien sur les jumeaux.

Quelle n'a pas été ma surprise de constater que mes filles ne se calculaient pas du tout quand elles sont nées!!! Et bien oui, elles ne savaient pas qu'elles avaient des pieds, encore moins une mère ou un père, alors leur soeur, vous pensez bien qu'elles s'en foutaient! Elles semblaient même se gêner lorsqu'elles étaient toutes petites, particulièrement lorsqu'elles étaient au sein et que Lily s'est mise à donner des coups de pied à Louise et a rendu impossible la tétée double.

Ce n'est que vers 5 mois qu'elles ont commencé à se dire "tiens, qui c'est celle-là?", mais sans plus se calculer. Petit à petit, elles ont commencé à se renifler, se sourire, et elles ont fait comme deux personnes qui ne se connaissent pas, elles ont appris à se connaître. Je ne sais pas ce qui nous fait croire que les jumeaux se connaissent tellement bien depuis toujours, comme s'ils avaient eu de longues conversations philosophiques in-utero! Elles ont commencé à être vraiment proches lorsqu'elles sont allées à la crèche et je dois avouer que cela a été un immense soulagement pour moi de les savoir toutes les deux, et je pense que cela a apaisé mon angoisse de les laisser "seules" pour la première fois. Mais elles n'étaient pas seules, et là était toute la différence. C'est là que j'ai commencé à les envier, à me dire que toutes ces petites et grandes étapes de la vie, elles allaient les vivre ensemble. J'ai tout à fait conscience qu'elles risquent de trouver cela très pénible à certains moment et qu'elles vont désirer vivre les choses pour elles, mais tout de même, qui n'aurait pas aimé avoir un frère jumeau ou une soeur jumelle le jour de la rentrée en 6°, lorsqu'on tremble comme une feuille et que l'on serre la main de sa maman très fort sans vouloir la lâcher?

On ne peut toutefois pas nier que mes filles sont très différentes. Déjà, elles ne se ressemblent pas du tout physiquement. L'une est bouclée au teint mat et l'autre a les cheveux raides et le teint pâle. L'une est potelée, l'autre plus fine - et pourtant ce n'est pas celle qui mange le plus qui est la plus rondelette - leurs goûts sont différents sur pratiquement tout, leurs caractères sont également très différents, et je dois avouer que cela me plait de les voir ainsi. Je n'aurai pas voulu élever deux clones habillés pareil et j'ai toujours tout fait pour cultiver leurs différences, leurs particularités.

Lily est un vrai petit chameau d'amour, ouverte à la vie, observatrice, joueuse, malicieuse, avide d'apprendre et pressée de grandir, déjà ultra compliquée, parfois trop, et elle n'a pas encore 2 ans. Louise a les pieds sur terre tout en étant rêveuse, c'est à dire qu'il faut que ses besoins essentiels soient satisfaits - maman, câlins, bouffe, dodo, jeu - mais qu'elle a la tête en l'air, vit dans son monde et adore se recouvrir le corps de stickers. Je sens qu'elle va nous demander son premier tatouage à l'âge de 5 ans.

Je dois dire que si Lily adore sa soeur et la couvre de câlins depuis quelques temps déjà, on sent bien qu'elle aurait aimé être un peu unique aux yeux de sa maman et du reste du monde. Je ne pense pas qu'elle regrettera d'avoir une soeur jumelle mais je pense que cela va parfois la "gonfler" d'avoir quelqu'un qui vit constamment les mêmes choses qu'elle, qu'on les compare tout le temps. Elle voit déjà bien que leur gémellité attire les regards, des regards souvent bienveillants car "les gens" trouvent cela mignon et fascinant, et puis il faut dire que c'est vrai, elles sont sacrément mignonnes et rigolotes. Cependant, je pense que les évènements survenus après leur naissance ont fait que Lily n'a pas pu recevoir toute mon attention et qu'il y a eu un manque. Et malheureusement pour moi, je paye déjà un peu pour cela car elle ne manque pas de me rejeter dès qu'elle le peut, dès qu'elle sent qu'elle peut être unique aux yeux d'une personne, alors elle me laisse tomber et cela me rend triste même si je sais bien que tout cela est ma foi bien normal. 

Je ne culpabilise pas au sujet de leur prématurité, à propos de leur gémellité et sur le fait que je n'ai pu donner à chacune que la moitié de ce qu'un premier enfant reçoit de sa maman quand il naît car je pense que j'ai beaucoup donné de ma personne et que j'ai fait du mieux que je pouvais étant donné les circonstances. Mais j'avoue me prendre 100 fois plus la tête pour comprendre Lily que pour comprendre Louise, elle me fait me remettre en question en permanence.

Bref, revenons à nos moutons, la complicité a continué à grandir entre elles lors de la première année à la crèche. Parfois je les retrouvais faisant un combat de catch, l'une sur l'autre et se foutant des coups de lattes qui auraient fait pleurer n'importe quel gamin, mais elles, elles étaient mortes de rire, et si je les séparais, elles se mettaient à pleurer. "Zizi" et "Ouise" sont devenues très proches, et le plus marrant, c'est que c'est Lily la jalouse et la "mal aimée" qui ne peut vivre sans sa soeur, même s'il est maintenant clair que c'est elle la jumelle dominante. Elle refuse de continuer à dormir ou de se coucher si "Ouise" n'est pas là, lui donne sa sucette et son doudou quand celle-ci pleure, et, chose que j'ai trouvé très émouvante, n'est pas venue sauter dans mes bras le jour où je suis venue chercher sa soeur malade à la crèche. Elle a couru vers moi, le visage très inquiet, montrant sa soeur du doigt, l'air de dire "Maman, Ouise est malade". Et le soir même, les terreurs nocturnes de Lily sont revenues, avec les inquiétudes concernant la santé de sa soeur et les réminiscences de l'hôpital.

A présent, nos filles commencent à faire des conneries ensemble, et la première a été de taille. Ma belle-mère les a couchées pour la sieste il y a quelques jours, mais comme elles ne voulaient pas dormir, elle les a mises ensemble dans un lit, pensant qu'elles finiraient par s'assoupir. Dix minutes plus tard, un silence d'or... On s'est dit qu'elles s'étaient endormies. Pensez-vous! Lily avait réussi à extraire un paquet de biscuits au chocolat du sac à langer à coté de son lit, avait réussi à l'ouvrir (et pourtant le plastique n'est pas évident à déchirer)  pour ensuite manger comme des gorets dans le lit. Nous les avons retrouvées couvertes de chocolat des pieds à la tête, l'air innocent, genre "Quoi, qu'est-ce qu'il y a? Ah, ça? Ben nous on sait pas, on n'y est pour rien. Si on était vilaines, ça se saurait!!!". Les murs étaient également recouverts de chocolat, l'interrupteur, les draps... De son côté, Louise avait réussi à choper un paquet de coton qu'elle convoitait depuis plus d'un an et en avait fait des confettis...
Le plus drôle, c'est qu'au bout d'un moment elles ont dû en avoir marre et ressentir la fatigue, alors elles ont fait le ménage et tout foutu par terre, jusqu'à la dernière miette, et elles se sont tapé un roupillon!

Doudou gisant sur le lieu du drame


Je suis à présent soulagée de savoir que mes filles sont complices et s'aiment, car j'avais un peu peur et pour tout vous dire, je ne savais pas à quoi m'attendre avec elles. Je sais bien sûr que leur relation n'a pas fini d'évoluer et de changer, mais je peux dire que si avoir un enfant est enrichissant, en avoir deux en même temps est fascinant. J'ai beau passer mon temps à me plaindre d'être fatiguée, je n'échangerai cette expérience pour rien au monde parce que je passe mon temps à me marrer face mes petiotes. Et puis, je n'aurais jamais pensé que mes filles me feraient autant rire, ce dont je suis très fière, parce que l'humour est pour moi une chose sacrée.

Une chose est sûre, c'est que j'envie mes filles d'être jumelles et que je pense que c'est une chance. J'espère qu'elles sauront entretenir cette relation que je trouve magique et qu'elles sauront s'en servir pour avancer dans la vie.