mercredi 23 mars 2011

Mères au bord de la crise de nerfs...


J’ai récemment entendu parler du livre de Stéphanie Allénou qui s’intitule « Mère épuisée », puis je l’ai vue dans une interview qui parlait de sa vie avec ses jumeaux plus un grand. Mère au foyer débordée et exténuée, elle s'est retrouvée dans le parc avec ses gnomes, prête à les abandonner, à les laisser là, seuls, se disant que les autres mamans leur porteraient secours et qu’elle pourrait partir quelques jours pour se reposer, car elle n’en pouvait plus. Bien sûr, elle ne l’a pas fait – et je suis sûre que comme moi certaines mamans se dont dit « Moi aussi un jour j’en ai eu envie. Pas pour longtemps, juste pour aller dormir une semaine à l’hôtel, mais je n’en pouvais plus » – Cette expérience lui a permis de tirer la sonnette d’alarme et de se rendre compte qu’elle pétait les plombs, qu’elle faisait un burn-out, nouveau terme à la mode signifiant qu’elle faisait une dépression due à un épuisement physique et moral. Je n’ai pas lu le livre de Mme Allénou mais je pense savoir à l’avance qu’elle ose y dire tout haut ce que certaines pensent tout bas, et que sa vie est proche de celle de beaucoup de mamans qui aimeraient bien être parfaites.

[Mode Céline Dion sous hormones ON] Demandez à une femme quel a été le plus beau jour de sa vie, si elle est maman, elle vous répondra invariablement que c’est le jour où ses enfants sont nés. C’est une explosion de bonheur, d’amour, de joie – et du périnée–. Mes filles m’ont apporté une sérénité, un sentiment de servir à quelque chose, elles m’ont apporté une confiance que je n’avais pas et ont largement simplifié ma vie en permettant d’arrêter de tourner autours de mon nombril. En plus elles me font rire, et beaucoup ! [Mode Céline Dion sous hormones OFF]. 

C’est un peu égoïste de dire cela et ce n’est pas pour cette raison que j’ai eu des enfants, mais il est vrai que la maternité permet parfois d’arrêter de s’inquiéter pour soi, et s’inquiéter pour d’autres personnes peut nous libérer de nos angoisses existentielles, tant que cette inquiétude demeure saine et ne devient pas anxiogène. Je suis parfois assez cash dans mes récits de mère en folie, mais je pense que l’amour que je porte à mes filles transparait dans mes écrits. Je trouve cependant que de parler des moments de bonheur intenses du quotidien, les fous-rires et l’évolution de nos amours, même si j’en parle aussi, fait partie du domaine du privé et n’a rien de passionnant en soi. Je ne voulais pas faire un blog de plus du style « elles sont merveilleuses, ont tant de dents, marchent, font caca au pot » mais plutôt parler de mon expérience de mère au quotidien, ce que je ressens vraiment, en dehors de l’amour immense que j’ai pour mes filles.
La maternité est un état de schizophrénie permanente face à des bambins bipolaires, où mères et enfants sont capables de passer du rire aux larmes en un instant. De petits angelots, notre progéniture se transforme en horde de possédés et nous voilà au bord de la crise de nerfs, en larmes, en pyjama, échevelées, à fumer une clope sur le balcon pour nous calmer afin d’éviter de donner un grand coup de poing dans le mur.
Cela commence par les nuits sans sommeil, les réveils incessants pour allaiter, câliner, remettre une sucette égarée dans la bouche d’un bébé en panique, et puis on se dit que ça va passer, que les premiers mois sont toujours difficiles. Effectivement, ça passe, mais on passe à autre chose : le cortège des maladies infantiles, les vacances mouvementées, leur première « crise d’adolescence » à 18 mois, pour en arriver quand ils marchent à se transformer en mégère qui leur court après toute la journée pour leur dire NON, NON et NON ! Bref, cela ne s’arrête jamais et je me suis résignée au fait que je ne vais pas pouvoir me reposer pendant les vingt prochaines années.
Certaines font le choix, comme moi, de mettre leurs enfants à la crèche, ce qui est un réel soulagement et un véritable bonheur pour les enfants qui y font des connaissances, apprennent à vivre en communauté, ont des ateliers d’art plastique – vive les morceaux de mine de crayon vert dans la couche – des ateliers de motricité, marionnettes, guitare, musique… Bref, tout le monde est content, mais nous devons quitter Winnie et Porcinet pour retrouver le monde réel. En reprenant mes études, j’ai commencé à souffler un peu, mais tout mener de front s’est avéré un vrai parcours du combattant. Quatre heures de train trois fois par semaines, des travaux à préparer le soir, la nuit, pendant la sieste, avec un ou deux enfants malades, des vacances de Noël qui n’en sont pas, jamais, JAMAIS une minute de repos. Ma vie se limite à travailler ou m’occuper de mes enfants, même si cependant je me sens épanouie d’étudier, très heureuse même, et que mes filles vont bien. J’ai commencé à souffler quand elles sont parties à la crèche et même s’il est difficile de gérer deux enfants en bas âge, des études, un appartement à entretenir, je ne peux pas me plaindre car je suis très aidée par Petit Chéri et les grands-mères de mes filles, deux autres anges.

C’est ainsi que je me suis rendu compte que travailler était beaucoup plus reposant que d’être mère au foyer et je l’ai dit à beaucoup de mamans que je connais et que j’admire énormément. Quand on me dit que je suis courageuse d’avoir repris mes études, je dis que je ne le suis pas autant que celles qui restent à la maison et pour qui c’est largement plus difficile, même si c’est un choix qu’elles assument et qu’elles sont heureuses de s’occuper de leurs enfants. Ce statut de femme au foyer et terriblement méprisé par la société car on est considérée comme une mère égoïste qui veux garder ses enfants pour elle et les empêche de s’épanouir avec d’autres enfants. On est « juste » à la maison, ce qui veut dire en gros que l’on se repose, que l'on passe ses journées à regarder les Maternelles, aller sur Facebook et se faire des manucures. Quand je dis que les 500€ du congé parental sont pour moi du foutage de gueule, on s’insurge et l’on me dit « que l’on ne va quand même pas payer des femmes qui préfèrent rester à la maison ! »
Et bien moi je réponds que j’ai passé une année avec mes filles, que si c’était à refaire je le referais sans la moindre hésitation, mais que c’est terriblement difficile, bien plus que de travailler en entreprise. On n’a jamais de RTT, pas d’arrêt maladie, on est infirmière, pédo-psy, femme de ménage, cuisinière et la liste est longue, et surtout on n’a jamais de vacances, de temps pour soi pour souffler. Les mères au foyer ou au chômage n’ont pas le droit de mettre leurs enfants en crèche dans certaines régions et certaines mamans qui travaillent font aussi ce choix car les modes de garde sont tellement onéreux que ce serait une perte d’argent que de faire garder leurs enfants.
Nous payons 700€ de crèche par mois, ce qui n’est pas forcément cher par rapport à d’autres modes de garde ou d’autres régions, mais c’est un sacré investissement. Trouver une place en crèche équivaut à un miracle, je ne vous parlerai même pas de deux. Les aides ne sont pas à la hauteur des frais engagés pour l’enfant, tout particulièrement lors de naissances multiples, les aides ménagères ou TISF ne sont que rarement proposées aux femmes enceintes de jumeaux, qui ont d’autres enfants ou qui ont des jumeaux et sont enceintes et en plein désarroi. Que dire aussi du congé paternité qui est assez court, quand personne ne pense aux pères impliqués qui se lèvent toutes les nuits pour aider leur femme pour s’occuper du ou des bébés et vont travailler alors qu’ils n’ont dormi que 3h en pointillés ? On ne pense pas beaucoup aux pères, il faut le dire.
Depuis ma plus tendre enfance, j’ai toujours entendu dire que la France était un mauvais élève en terme de natalité, que nous étions une nation vieillissante, et maintenant que nous sommes les pondeuses championnes d’Europe, je me demande ce qui a été fait pour les familles. Où est donc la politique de natalité qui va de pair avec la situation actuelle en France ? Pourquoi n’y a-t-il pas de places en crèche ? Pourquoi est-ce si cher ? Quelles sont les aides que le gouvernement a développées pour accompagner les parents dans la situation pourtant florissante de notre taux de natalité ? Pourquoi les mères au foyer sont-elles considérées comme des parias, ou même pas considérées du tout ? Comment gérer les maladies quasi hebdomadaires de nos bébés quand nous travaillons et que personne que nous ne peut les garder ? Peut-on rester aveugle face à la mauvaise foi des employeurs pour qui une mère d’enfants en bas-âge ou une femme enceinte et plus un emmerdement qu’autre chose ? Pourquoi ce sujet vital à notre pays est-il ignoré par les politiques ?

Comme Stéphanie Allénou, j’ai moi aussi connu des moments noirs à coté de moments extrêmement heureux. J’ai souvent pensé aux mamans qui n’ont pas de famille qui puisse les aider, aux mamans dont les enfants sont malades. J’ai pensé aux femmes dont les maris ne sont pas présents et qui accomplissent 80% des tâches ménagères. Je parle souvent à des mamans qui ont honte de dire que parfois leurs enfants sont un poids pour elles même si ça ne dure pas, et moi aussi je ressens parfois cela. Alors on va me dire « Oui mais bon, vous les avez désirées, maintenant il faut les assumer ! » et là j’aurais juste envie d’arracher la tête à celui ou celle qui me dira cela. Car bien sûr je les ai désirées mes filles, je les aime, je suis extrêmement heureuse, mais moi aussi je ne suis parfois pas loin du burn-out et j’ai encore la chance de pouvoir en parler tous ces sentiments ambivalents, de dire ce que j’ai sur le cœur.
Je n’aime pas m’entendre gueuler à longueur de journée, ce n’est pas moi cette personne qui met un petite tape sur la main de ma fille alors que je m’étais dit que jamais je ne toucherais un de leurs cheveux. Parfois quand l’une d’elles – qui se reconnaitra un jour, son prénom commence par un L – me fait une crise de nerfs, que je n’ai pas dormi ou que peu, je découvre une violence inouïe en moi, violence que je ne retournerai jamais contre elles, mais qui me fait peur. J’ai honte de cette petite fessée sur la couche qu’elles n’ont certainement pas sentie, je culpabilise qu’elles m’aient vue pleurer d’épuisement quand je les change, je suis triste de crier après mon mari car il est le seul être un peu proche sur qui je peux lâcher un peu ma rage et ma frustration. 

Je me dis souvent que je suis une mère indigne et que je devrais pourtant être capable de faire ce que toutes les mères font, avoir plus de patience, que je devrais pouvoir gérer ma vie comme un chef, études, enfants, ménages, sorties, etc. Mais je réalise à quel point tout ceci est encore une pression de la société qui veut faire de nous des femmes parfaites. L’autre jour, mon pédiatre, qui a 4 enfants, m’a dit qu’avoir des jumeaux, ce n’est pas 2 fois plus de travail, mais 4, et j’ai eu les larmes aux yeux, j’avais juste besoin que l’on me comprenne, pas qu’on me plaigne, car je ne suis pas à plaindre.
La maternité, même si elle est souvent une expérience très positive, est accompagnée de beaucoup d’évènements auxquels on n’est pas préparés. Lorsqu’on a un bébé, on n’est pas entourées de papillons et de petits lapins blancs qui courent dans les champs. Avoir des enfants est difficile et il est important de parler dans ces moments là et de ne pas avoir honte de dire ce que l’on a sur le cœur, car il est fort à parier que votre amie ou votre voisine aura également connu ces sentiments.

Et chose que je n’aurais jamais crue possible, j’ai l’autre jour pensé « Thank God, it’s Monday » !