samedi 11 décembre 2010

Grey's Anatomy ou 24h aux urgences


Ce n’est pas le docteur Mc Dreamy qui nous attendait Louise et moi mardi soir dernier aux urgences. Ni le docteur Mc Steamy d’ailleurs (là, je serai allée faire la sieste avec lui ‘in the closet’). Seulement dix bon milliards de microbes qui dansaient le sirtaki dans une salle d’attente digne du fin fond de la Roumanie en pleine période Ceausescu.

Il faut dire que la Petiote avait une forte fièvre, alors super Maman a sorti son habit de lumière pour lui sauver la vie. Enfin… J’en étais déjà à mon second prélèvement de pipi raté, et que celui ou celle qui parvient à coller cette poche infâme contre la choupinette/la zigounette de son bébé et à recueillir de quoi faire des analyses me dise comment il fait, car chez nous… ― je vous passe les détails scato ―. Après avoir laissé l’infirmière placer une troisième poche, affronté une Louise qui a voulait tout d’abord jouer avec le stéthoscope mais, comprenant les enjeux médicaux, a ensuite essayé de se "défenestrer" de la table de consultation alors que deux infirmières et moi-même tentions de la contenir, j’ai songé investir dans une camisole de force, l’espace d’un instant.
Nous voilà donc dans la salle d’attente Ceausescu, Louise est en body pour faire tomber la fièvre, la poche magique dépassant de sa couche, il est 20h et je suis levée depuis 3h30 du matin, et je ressemble à un bulot cuit, rien dans le ventre, à attendre que ma fille pisse. Dans la pièce, comme de coutume à l’hôpital, une troupe de joyeux gitans accompagnés de papa, maman, papy, mamie, tata(s), tonton(s), nièces et neveux, voisines et voisins, se prennent en photo avec des flashes, pour garder un souvenir, comme à Eurodisney. Une jeune maman tente de calmer le hoquet de son fils alors qu’elle n’a que seize ans et que sa mère a probablement mon âge, peut-être moins. Je leur dis qu’une goutte de citron sur la langue ça marche plutôt bien et leur prête un paquet de lingettes car elle nettoie son bébé avec le papier à mains des toilettes.
Moins drôle : une maman arrive sur un brancard avec son bébé de six mois et je crois comprendre qu’elle l’a secoué. Le bébé a l’air en pleine forme, gazouille, et les infirmières rassurent gentiment la maman qui prend conscience de son geste ― elle croit qu’à un moment son bébé s’est arrêté de respirer ― et s’effondre littéralement. Je la plains, je sais, c'est horrible car je plains aussi son bébé, mais j’ai envie de lui dire que moi aussi, à certains moments j’aurais pu déraper à cause de la fatigue, qu’on est toutes à avoir eu envie des les étriper un jour. Et j’apprécie aussi le fait que les infirmières ne la jugent pas et la traitent avec beaucoup de douceur.
21h : Louisette est sur mes genoux. Je sens une chaleur se répandre sur mes cuisses et pense "Youpi, ça y est". Que nenni, la couche est pleine, la poche vide. J’ai les yeux veinés de sang, je suis désespérée, j’ai envie de m’allonger sur le matelas pourri de la salle d’attente (sur laquelle les acariens dansent aussi le sirtaki) et dormir, dormir… Mais mon ventre vide, ma tête vide, ma Choupinambour dans les bras m’en empêchent, il va falloir attendre.
22h : Louisette est debout sur mes genoux, en mode "David Guetta", les bras en l’air, et je lui appuie discrètement sur la vessie, sur les conseils d’une maman, malheureusement cela ne marche pas. J’essaie de la faire boire mais elle me fait le coup du bec pincé et dans ma tête je hurle "mais put*in de punaise des bois verts, tu vas pisser bord*l de m*rde!" Quand le Syndrôme de Tourette s’empare de moi, c’est qu’il faut que je mange/dorme. Vite.
23h : Petit Chéri arrive à la rescousse, la poche se remplit instantanément. Voir son père fait pisser ma fille, allez savoir pourquoi. Je le laisse avec le pédiatre et sort fumer 15 clopes simultanément. A mon retour on me dit que Louise doit passer 3 jours à l’hôpital pour un traitement de cheval d’antibiotiques. J’aime toujours beaucoup la façon que les pédiatres ont d’employer "infection du sang" plutôt que "septicémie", terme qu'ils emploient quand le bébé va mieux. Je préfère m’éclipser à la pose de la perfusion, sachant que ma fille va se transformer en Hulk, toute verte, elle va gonfler et déchirer son body, puis arracher la tête des infirmières avec les dents.
Le lendemain, pour Louisette en Néphrologie, c'est la foforme. Quand j'arrive, elle est en train de faire la "Salutation au Soleil" dans son lit à barreau, oui, elle a réinventé le yoga. Elle n’a plus de fièvre, n’est pas sous antibio car il s’avère que finalement les analyses sont bonnes. Super Louisette, son bavoir retourné dans le dos tel une cape, est prête à aller sauver le monde et en plus elle a sa maman pour elle toute la journée alors vite, partons visiter la salle de jeux. En volant, bien sûr, ce qui fait marrer tout le personnel hospitalier, et la dite Louisette, le bras bandé en avant, "to infinity and beyond".
Pour une fois, nous ne sommes pas dans la partie Ceausescu de l’hôpital et les chambres sont sympa, la salle de jeu est pleine de jouets et de livres géniaux et ma petite chérie s’en va à quatre pattes, tel un crabe, pour jouer, car pour contrebalancer le poids de son bandage à la main, elle étend la jambe opposée, façon « grand écart Jean-Claude Vandamne ». Obsédée des scratch qu’elle est, elle en profite pour sournoisement détacher les basket de son voisin (« Quoi, non non non, cé pour les miennes de saussures !? Celles des zôtres, ze peux les détacer, non ? »)
Lorsque je regarde les enfants qui nous entourent, et le regard triste de leurs mamans, je me dis que jamais je ne pourrais me plaindre pour une vilaine gastro, une mauvaise infection ou un méchant virus. Un petit garçon de 2 ans joue comme un fou de la batterie Winnie l’Ourson, il fait le même poids et la même taille que Louise qui a 1 an. Un autre p’tit gars qui a de sérieux retards psychomoteurs trouve un téléphone en plastique et nous avons une petite conversation: "Allooooo Zach, tu m’enteeeeeends ? Moi je t’enteeeeends, ça vaaaaaa ???". Notre petite voisine de chambre est malentendante et je vois le stress que ce handicap peut causer à sa mère. Pourtant, ces enfants ont une joie de vivre qui me transperce le ventre, ils vivent, comme tous les enfants, chaque moment avec intensité, tout les amuse, ils n’ont pas encore tout à fait conscience de ce qui leur arrive, et même s’ils en ont une certaine conscience, elle n’atteint pas leur force vitale. C’est le regard des parents qui me tue littéralement, ce regard qui en dit long sur le fait que leur enfant n’aura pas une vie normale, qu’il aura de sérieux handicaps, et ce regard là est le plus terrible.
Je pense à toutes les mamans et les papas qui sont là depuis des mois, celles et ceux dont les enfants souffrent physiquement, celles et ceux dont les enfants son condamnés et je suis consciente du fait que toutes les fois où nous avons été à l’hôpital, c’est ce qui m’a fait relativiser. Non, jamais je ne me plaindrai.
Bref, avant de partir, je fais quand même un petit tour dans les couloirs pour voir si je ne trouve pas Mc Dreamy ou Mc Steamy, on ne sait jamais…
Tout va bien.

3 commentaires:

Vanessa a dit…

tout est bien qui fini bien ! Heureusement que ta louloutte va mieux ! Très émouvant lorsque tu décris les enfants malades !!!!!!!!!!!!!! Grosse pensée pour eux et leurs parents !!!!!!!!!!!!!!!

Stéphanie a dit…

Ah ! oui la poche !!!! je n'ai jamais réussi à les mettre et pourtant il a fallu en mettre régulièrement car Mélodie a fait une pyelonefrite à 5 mois et demi et donc à chaque fois qu'elle avait de la fièvre sans symptôme on soupçonnait encore un infection urinaire. Et les heures passées en salle d'attente des urgences en attendant que la demoiselle veuille bien pisser je connais aussi ! J'ai d'ailleurs essayé plein de trucs qui ne marchaient pas : passer les mains sous l'eau froide, faire couler l'eau, dire psssssssssss ! rien ne marchait ! un medecin m'a même dit : on pourra jamais la traiter de pisseuse celle là !
En tout cas contente que la demoiselle n'ai rien !

Mélie a dit…

Oh punaise, ça me rappelle des souvenirs de poche et de salle de jeux où il faut rien toucher parce que c'est plein de microbes :D Trop réaliste, trop bie décrit ... c'est drole moi aussi je passe en mode syndrome Gilles de la tourette dans ses cas là ;) Merci pour cette tranche de vie qui finit bien en plus !!