jeudi 30 décembre 2010

Les défenses immunitaires...

Tapez "défenses immunitaires" dans Google et voici l'une des images que vous obtiendrez :



Je pense que ceci se passe de commentaires…
Le premier qui me dit "la première année en collectivité, les enfants sont toujours malades, c’est normal, ils font leurs défenses immunitaires", je le traque grâce à son adresse IP, et je lui arrache la tête. Vous l’aviez compris en lisant mon récit de l’été dernier, le mot "vacance" ne fait plus partie de mon vocabulaire, non, c’est fini. Hier, j’ai quand même demandé à mon médecin de me prescrire une semaine de vacances aux Seychelles ― seule ― mais il m’a dit que ce n’était pas possible, la sécu ne prend pas ce genre de demande en charge. Quant à la possibilité de louer un docteur/kiné/pharmacien au mois, ce n’est pas non plus possible, pas plus que de faire installer un robinet de Doliprane chez nous (et un distributeur pour nous). Pourtant, ce serait bien pratique, un p’tit coup de coude sur le bouton, et hop, un shot de Doli !

Tout a commencé avec les premières semaines en crèche quand j’ai attrapé le virus "pied main bouche". Alors vous allez me dire "hein ?". Bah oui, il doit exister un Docteur Evil qui invente des nouveaux virus pour emmerder les jeunes parents, parce que moi, "pied main bouche", je n’en avais jamais entendu parler. Pas plus que le médecin des urgences des arènes de Nîmes le jour où j’ai débarqué en plein malaise, juste avant le concert de Pink (la sécu n’a pas pris en charge ma demande de remboursement du billet, les salauds). Bon, il est vrai que je n’arrivais plus à parler et j’ai dû vaguement dire "chier grin mouche", mais quand même… Ce fameux virus donc, vous donne des boutons sur les pieds, les mains, et dans la bouche, comme son nom l’indique, et je l’ai attrapé à la fête de la crèche, et pas mes filles. Elles, elles ont préféré l’attraper le jour du départ en vacances. Je n’ai pas pu parler pendant trois jours – Petit Chéri a béni les cieux – ni manger d’ailleurs, mais j’étais d’une humeur de dogue, car les maladies infantiles, quand on est adulte, c’est dix fois pire… Je n’ai dû mon salut qu’à un tube de Xylocaïne qui m’a permis de ne plus sentir ma bouche du tout, ce qui fait que je me suis auto-mordue et que j’ai fini par ressembler à un bouledogue.

Bref, depuis la rentrée en septembre, il ne s’est pas passé une semaine sans que les petites soient malades, et par conséquence, moi. On a attaqué l’année en beauté avec une gastro-entérite très antipathique, et j’ai là aussi appris un nouveau mot : rotavirus. Cela me faisait vaguement penser à Rotary Club, en fait c’est quasi pareil, sauf que tout se passe dans la salle d’attente des urgences. Mais sinon, je suis sûre que vous et moi faisons partie de ce nouveau club très fermé qu’est le Rotavirus Club. Les avantages sont nombreux : vomi en jet dans la tête ou les bottes des parents façon l’Exorciste, change des draps, du bébé, des parents, du voisin à peu près 4 fois dans la journée, et si le bébé perd plus de 5% de son poids, c’est l’hospitalisation. Enfin, deux hospitalisations, car on a deux bébés. Je vous passe les détails de la pose de la perfusion, de la crise de nerfs des petites quand une infirmière très sympa leur a gueulé dessus qu’il ne fallait pas toucher à leur cathéter ― à 23h, quand on a 12 mois, on comprend très bien ce genre de demande ― mais sinon, tout s’est bien passé, une gastro c’est rien, c’est juste chiant (ha ha).

Nous avons continué notre lancée avec la bronchiolite. Je me suis dit "tiens, ils ont marketé le terme, c’est comme une bronchite light, la bronchiolaïte." Et ben non, c’est pas light du tout, c’est même archi costaud. Les petites avaient comme deux limaces vertes qui leur sortaient constamment du nez, une toux de phtisique, une fièvre de cheval et il a fallu leur faire des séances de clapping. Je ne sais pas comment les autres parents le vivent, mais moi, maintenant je le vis mal. Au début on vous dit "vous allez voir, ça leur fait du bien, ça leur libère les bronches". Mouais. Certainement. Moi, ce que je vois, c’est que mes filles comme leur kiné qu’on adore sont traumatisées, et que je ne peux plus supporter leur regard suppliant quand elles "subissent" les séances. Mon mari me dit que je suis folle, mais je les entends presque me dire "comment peux-tu les laisser me faire ça ?" Tout ce que je vois c’est que depuis les hospitalisations, les séances de clapping, les jours de crèche que Lily a passées seule sans sa sœur malade, les soins constants lui ont entamé un moral que je pensais d’acier et que ce n’est plus tout à fait la même petite fille. Je sais que cela passera et que ce n’est qu’une phase, mais je vois bien que son développement psychomoteur s’est totalement arrêté, qu’elle a peur de tout et de tout le monde, et ça me brise le cœur.

Autre mot de vocabulaire médical : le Baby Haler. Tout pareil que pour le reste, on se dit "c’est sympa, des heures d’amusement avec votre Baby Haler, tout le monde en veut un." Je suis sûre qu’ils ont planché pendant des heures pour trouver un nom sympa à cet accessoire de torture. C’est quoi ?  Un masque à gaz au bout d’un tube en plastique dans lequel vous vaporisez de la Ventoline. Je vous aurais bien mis une photo de la pub où le bébé et la maman ont presque l’air heureux de l’utiliser, mais je n’ai trouvé que des miniatures, car en fait je pense que les fabricants ont honte et que de loin on voit moins l’air horrifié du bébé. Personnellement, je me sens comme une infirmière en train d’euthanasier un patient lorsque j’utilise cet engin. Louise se débat tellement que j’ai l’impression de l’étouffer, il a donc fallu faire une démo dudit Baby Truc sur maman, papa, Tigrou, son genou, ses pieds, bref, on a Baby Halé tout l’appartement. N’empêche que voulant la faire sympathiser avec, je le lui ai laissé quelques instants dans le lit afin qu’elle s’amuse, et elle l’a tout bonnement défenestré.
Quoi d’autre, quoi d’autre… Voyons… La roséole, qu’on est censé n’avoir qu’une fois dans sa vie, mais avec Louise, ça a été « la roséole sifflera deux fois » puisqu’on a fini dans le service de Néphrologie du CHU pendant 24h pour une "variante" du virus, qui selon les pédiatres aurait une dizaine de formes. Cool, j’ai hâte de connaître les huit autres !

Voilà, tout cela en boucle depuis trois mois, mais sinon ça va, j’ai juste 8 de tension et moi aussi je dois "faire mes défenses immunitaires". Je sors à peine d’une angine et je me fais du clapping – non je déconne –. Oui, je l’avoue, je suis un peu énervée, parce qu’en plus, la fameuse angine, je l’ai attrapée à la fête de Noël de la crèche. Je vais finir par ne plus aller rien y célébrer, parce que je finis toujours par ramener à la maison un nouveau virus !
Une fois l’angine terminée, j’allais m’assoir sur mon canapé pour me reposer, enfin, quand le téléphone a sonné. C’était la crèche : Louise avait basculé de sa chaise en arrière ― ma fille est la réincarnation de Harold Lloyd, je vous jure ― s’était mangé une porte et ça pissait le sang. Il a donc fallu que j’emmène Angelina Jolie (sa bouche avait triplé de volume) en urgence chez le dentiste pour voir si la dent bougeait. Quand elle a souri au dentiste, elle m’a vaguement fait penser à Jacquouille La Fripouille, mais j’ai gardé ça pour moi.

Sinon, et bien les petites sont merveilleuses, malgré cette galère. Elles sont belles, douces, drôles, adorables… Louise et Lily ont fait leurs premiers après Noël, Lily avec un jour de décalage. Louise avait cet air de merlan frit qu’elle arbore dès que la joie est trop intense pour elle, on aurait dit une petite mémé avec son déambulateur (le fameux "trotteur"), et elle me fait penser aux Frères Jacques avec son legging qui moule ses petites cuisses potelées et raides comme des piquets, les pieds en dedans… Lily, c’est tout le contraire, les jambes arquées, les fesses en arrière, et en avant !

Le vocabulaire commence à se diversifier également : dodo, keskecé, ygad (regarde), et malheureusement pour nous "pitin", que Louise répète en boucle depuis un mois, je n’ose plus la sortir. Elle a fait une rechute dimanche dernier, alors que nous avions banni ce mot de notre vocabulaire ― je ne m’attendais pas à ce que cette enfant de 15 mois, qui ne sait que vaguement dire papa et mama, parvienne à dire un parfait "putain" aussi vite ― j’ai en effet commis l’erreur irréparable de me plaindre des couches qui débordent. "Putain, c’est pas vrai, j’en peux plus !". Et voilà, depuis, c’est le seul mot qu’elle répète à ses deux mamies, avec un air angélique. Elle a même traité son père de "pédé", mais là je pense que c’est plutôt une variante de "pitin", parce que nous n’employons pas ce mot chez nous.

Sinon, anniversaire, Noël, des jouets partout, on est passé du showroom Aubert au showroom Toys’r’us : le fameux trotteur que Lily tape depuis qu’on a mis des piles car elle ne supporte pas la musique, donc elle fait un pas et hop, un coup de latte. Le clavier qui joue la Cucaracha en boucle avec Louise qui danse en arrière-plan et le soulève pour observer d’où vient la panne quand maman appuie discrètement sur le bouton off (une heure de cucaracha en boucle et je vous garantis que vous en feriez autant). Madame la théière qui verse du thé en chantant, les clés de voiture qui font le même bip bip que pour une vraie, le cube qui fait le bruit des animaux, vous l’avez compris, je vais investir dans des boules Quiès. Mais elles s'amusent comme des folles, c'est l'essentiel.

Lily a décidé du jour au lendemain qu’elle ne voulait plus manger de la nourriture pour bébé, donc j’ai fini par la faire manger du poisson au curry dans mon assiette et des pommes dauphine, car c’est toujours meilleur dans l’assiette des autres. On ne peut plus finir un dessert sans avoir deux biafrais qui nous regardent de leur parc avec des yeux implorants.
Comme pour les vacances dernières, je n’ai qu’une hâte, c’est de retourner bosser, car c’est moins crevant ! Mais j’aurais quand même profité de mes filles, de les voir s’épanouir et apprendre à faire des bisous en se disant "elle a pas un petit air d’Amy Winehouse maman depuis quelques temps ?"

samedi 11 décembre 2010

Grey's Anatomy ou 24h aux urgences


Ce n’est pas le docteur Mc Dreamy qui nous attendait Louise et moi mardi soir dernier aux urgences. Ni le docteur Mc Steamy d’ailleurs (là, je serai allée faire la sieste avec lui ‘in the closet’). Seulement dix bon milliards de microbes qui dansaient le sirtaki dans une salle d’attente digne du fin fond de la Roumanie en pleine période Ceausescu.

Il faut dire que la Petiote avait une forte fièvre, alors super Maman a sorti son habit de lumière pour lui sauver la vie. Enfin… J’en étais déjà à mon second prélèvement de pipi raté, et que celui ou celle qui parvient à coller cette poche infâme contre la choupinette/la zigounette de son bébé et à recueillir de quoi faire des analyses me dise comment il fait, car chez nous… ― je vous passe les détails scato ―. Après avoir laissé l’infirmière placer une troisième poche, affronté une Louise qui a voulait tout d’abord jouer avec le stéthoscope mais, comprenant les enjeux médicaux, a ensuite essayé de se "défenestrer" de la table de consultation alors que deux infirmières et moi-même tentions de la contenir, j’ai songé investir dans une camisole de force, l’espace d’un instant.
Nous voilà donc dans la salle d’attente Ceausescu, Louise est en body pour faire tomber la fièvre, la poche magique dépassant de sa couche, il est 20h et je suis levée depuis 3h30 du matin, et je ressemble à un bulot cuit, rien dans le ventre, à attendre que ma fille pisse. Dans la pièce, comme de coutume à l’hôpital, une troupe de joyeux gitans accompagnés de papa, maman, papy, mamie, tata(s), tonton(s), nièces et neveux, voisines et voisins, se prennent en photo avec des flashes, pour garder un souvenir, comme à Eurodisney. Une jeune maman tente de calmer le hoquet de son fils alors qu’elle n’a que seize ans et que sa mère a probablement mon âge, peut-être moins. Je leur dis qu’une goutte de citron sur la langue ça marche plutôt bien et leur prête un paquet de lingettes car elle nettoie son bébé avec le papier à mains des toilettes.
Moins drôle : une maman arrive sur un brancard avec son bébé de six mois et je crois comprendre qu’elle l’a secoué. Le bébé a l’air en pleine forme, gazouille, et les infirmières rassurent gentiment la maman qui prend conscience de son geste ― elle croit qu’à un moment son bébé s’est arrêté de respirer ― et s’effondre littéralement. Je la plains, je sais, c'est horrible car je plains aussi son bébé, mais j’ai envie de lui dire que moi aussi, à certains moments j’aurais pu déraper à cause de la fatigue, qu’on est toutes à avoir eu envie des les étriper un jour. Et j’apprécie aussi le fait que les infirmières ne la jugent pas et la traitent avec beaucoup de douceur.
21h : Louisette est sur mes genoux. Je sens une chaleur se répandre sur mes cuisses et pense "Youpi, ça y est". Que nenni, la couche est pleine, la poche vide. J’ai les yeux veinés de sang, je suis désespérée, j’ai envie de m’allonger sur le matelas pourri de la salle d’attente (sur laquelle les acariens dansent aussi le sirtaki) et dormir, dormir… Mais mon ventre vide, ma tête vide, ma Choupinambour dans les bras m’en empêchent, il va falloir attendre.
22h : Louisette est debout sur mes genoux, en mode "David Guetta", les bras en l’air, et je lui appuie discrètement sur la vessie, sur les conseils d’une maman, malheureusement cela ne marche pas. J’essaie de la faire boire mais elle me fait le coup du bec pincé et dans ma tête je hurle "mais put*in de punaise des bois verts, tu vas pisser bord*l de m*rde!" Quand le Syndrôme de Tourette s’empare de moi, c’est qu’il faut que je mange/dorme. Vite.
23h : Petit Chéri arrive à la rescousse, la poche se remplit instantanément. Voir son père fait pisser ma fille, allez savoir pourquoi. Je le laisse avec le pédiatre et sort fumer 15 clopes simultanément. A mon retour on me dit que Louise doit passer 3 jours à l’hôpital pour un traitement de cheval d’antibiotiques. J’aime toujours beaucoup la façon que les pédiatres ont d’employer "infection du sang" plutôt que "septicémie", terme qu'ils emploient quand le bébé va mieux. Je préfère m’éclipser à la pose de la perfusion, sachant que ma fille va se transformer en Hulk, toute verte, elle va gonfler et déchirer son body, puis arracher la tête des infirmières avec les dents.
Le lendemain, pour Louisette en Néphrologie, c'est la foforme. Quand j'arrive, elle est en train de faire la "Salutation au Soleil" dans son lit à barreau, oui, elle a réinventé le yoga. Elle n’a plus de fièvre, n’est pas sous antibio car il s’avère que finalement les analyses sont bonnes. Super Louisette, son bavoir retourné dans le dos tel une cape, est prête à aller sauver le monde et en plus elle a sa maman pour elle toute la journée alors vite, partons visiter la salle de jeux. En volant, bien sûr, ce qui fait marrer tout le personnel hospitalier, et la dite Louisette, le bras bandé en avant, "to infinity and beyond".
Pour une fois, nous ne sommes pas dans la partie Ceausescu de l’hôpital et les chambres sont sympa, la salle de jeu est pleine de jouets et de livres géniaux et ma petite chérie s’en va à quatre pattes, tel un crabe, pour jouer, car pour contrebalancer le poids de son bandage à la main, elle étend la jambe opposée, façon « grand écart Jean-Claude Vandamne ». Obsédée des scratch qu’elle est, elle en profite pour sournoisement détacher les basket de son voisin (« Quoi, non non non, cé pour les miennes de saussures !? Celles des zôtres, ze peux les détacer, non ? »)
Lorsque je regarde les enfants qui nous entourent, et le regard triste de leurs mamans, je me dis que jamais je ne pourrais me plaindre pour une vilaine gastro, une mauvaise infection ou un méchant virus. Un petit garçon de 2 ans joue comme un fou de la batterie Winnie l’Ourson, il fait le même poids et la même taille que Louise qui a 1 an. Un autre p’tit gars qui a de sérieux retards psychomoteurs trouve un téléphone en plastique et nous avons une petite conversation: "Allooooo Zach, tu m’enteeeeeends ? Moi je t’enteeeeends, ça vaaaaaa ???". Notre petite voisine de chambre est malentendante et je vois le stress que ce handicap peut causer à sa mère. Pourtant, ces enfants ont une joie de vivre qui me transperce le ventre, ils vivent, comme tous les enfants, chaque moment avec intensité, tout les amuse, ils n’ont pas encore tout à fait conscience de ce qui leur arrive, et même s’ils en ont une certaine conscience, elle n’atteint pas leur force vitale. C’est le regard des parents qui me tue littéralement, ce regard qui en dit long sur le fait que leur enfant n’aura pas une vie normale, qu’il aura de sérieux handicaps, et ce regard là est le plus terrible.
Je pense à toutes les mamans et les papas qui sont là depuis des mois, celles et ceux dont les enfants souffrent physiquement, celles et ceux dont les enfants son condamnés et je suis consciente du fait que toutes les fois où nous avons été à l’hôpital, c’est ce qui m’a fait relativiser. Non, jamais je ne me plaindrai.
Bref, avant de partir, je fais quand même un petit tour dans les couloirs pour voir si je ne trouve pas Mc Dreamy ou Mc Steamy, on ne sait jamais…
Tout va bien.