mercredi 3 mars 2010

La fin de l'allaitement, elles s'envolent déjà...


Ceux qui ont suivi mes aventures savent que j'ai allaité exclusivement mes jumelles jusqu'à leurs cinq mois. Je les allaite encore un peu aujourd'hui car j'avais décidé de le faire jusqu'à leurs six mois, mais mes filles en ont décidé autrement.
Épuisée par des nuits sans sommeil, nous avons décidé de passer à la diversification alimentaire plus tôt, car j'avais bien senti que le lait ne leur suffisait plus (quoi, on leur faisait des biberons de 1 litre le soir avant le coucher? Heu non, pas du tout!). Ce chapitre sera discuté très prochainement dans mon blog, car la diversification alimentaire est un autre sujet très prenant!
Très vite, mes filles ont commencé à se désintéresser du "tétou" car biberon + cuillère + sein, cela faisait un peu trop pour elles. Elles se détachaient du sein, la bouche dégoulinant de lait et me regardaient en éclatant de rire, un très beau moment, car elles avaient compris que ce téton était relié à la dame qui s'occupe d'elles 24h/24, moi en l'occurrence. Parfois, elles fixaient aussi l'halogène qui se trouvait derrière ma tête et lui souriaient, puis se remettait à téter, relevaient la tête en souriant, pour fixer cette fois le yucca.... Re-grand moment de solitude.

Je ne pensais pas que cette étape serait si difficile à passer pour moi bien que je l'ai redoutée un peu. Je me suis sentie vide, abandonnée, car la seule chose unique et sublime, celle que personne ne pouvait partager avec elles allait m'être enlevée. Bien sûr mes bébés ne m'appartiennent pas, mais je ne peux pas nier qu'il y a une part d'égoïsme dans l'allaitement car on vit une fusion magnifique avec ses bébés, des moments inoubliables que rien ne pourra jamais effacer. Mais déjà, à cinq mois, il fallait qu'elles prennent leur premier envol, le premier d'une longue série, et j'aurais aimé que cet instant arrive le plus tard possible.
J'ai commencé à sangloter en silence pendant que je les mettais au sein, me demandant si c'était la dernière fois, si je pourrais encore vivre cette osmose avec un bébé, car je l'avais vécue pendant les 7 mois qu'elles ont passé dans mon ventre, et cela a continué quand nous nous retrouvions toutes les trois pour la tétée.
Quand je les allaitais, je me sentais comme une chatte qui allaite ses petits, comme la louve de Romulus & Remus, elles me griffaient les seins, poussaient des petits soupirs de plaisir, s'endormaient paisiblement, repues, les yeux mi-clos. Je n'allais plus jamais voir Choupinambour tirer sur mes tétons comme si demain n'existait pas, en faisant les yeux blancs et se prenant parfois une bonne giclée de lait dans la bouille. Plus jamais ma petite Lily ne chercherait le téton imaginaire qu'elle pensait derrière sa tête alors que je lui tendais mon sein dégoulinant. Je les perdais déjà et irrémédiablement et ce sentiment me fut totalement insupportable.
Mes seins allaient devenir aussi vide que mon ventre, je ne serais peut-être plus jamais enceinte, plus jamais je n'allaiterais un bébé, c'en était trop pour moi.

Petit Chéri a bien vu que je commençais à m'enfoncer dans une mini-déprime et m'a prise dans ses bras un matin que je m'agitais dans la cuisine, échevelée. J'ai éclaté en sanglots en lui disant que je perdais mes bébés, que je ne leur servais déjà plus, qu'elles s'éloignaient de moi. Il m'a regardée d'un air amoureux et m'a dit que mon lait coulait dans leurs veines autant que notre sang, et qu'il se trouvait également dans leurs petites joues rondouillardes et qu'elles m'en seraient redevables à vie. Saint homme!
Je lui ai alors demandé s'il ne voulait pas que je l'allaite lui, parce que "c'est très bon pour la santé tu sais! Il y a un roi qui a été allaité toute sa vie!". Il a bien sûr décliné mon offre et je lui ai dit que je comptais bien allaiter mes filles jusqu'à leurs 18 ans, date à laquelle elles partiraient faire leurs études à Harvard, où je leur enverrais hebdomadairement des Tupperware de lait maternel par UPS...
Aujourd'hui, la source ne s'est pas tarie mais la fin approche, et mon opulente poitrine va se transformer en gants de toilettes, mais il faut voir le positif, je vais pouvoir déléguer la tâche de nourrir mes filles à d'autres, et essayer de perdre les -tûûûûût- kilos que j'ai gardés pendant l'allaitement.
Ce soir encore, Lily a relevé la tête en me souriant, comme si elle me remerciait, et mon coeur s'est réchauffé, je trouverai d'autres façons d'être proche d'elles, et les voir évoluer et grandir est ma plus grande récompense.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Merci Carole et toute mon admiration !
Allaiter UN enfant n'est pas forcément évident mais en allaiter DEUX déclenche toute mon admiration !
Ta joie de vivre est communicative malgré ta fatigue tu es pleine d'humour !
T'inquiètes elles vont avoir besoin de toi encore quelques années !
Bises Stéphanie maman de Mélodie et Emilie 32 mois !

Miss G* a dit…

C'est peut-être aussi le moment pour toi de te retrouver un peu. Elles vont avoir encore grand besoin de toi et leur donner le sein n'est qu'une forme parmi tant d'autre de l'attachement que vous avez.
Une pas maman du tout, mais qui est redevable et reconnaissante envers sa maman pour toutes les choses qu'elle a faîtes et fait pour ses deux enfants. C'est une icône et un modèle de force que je n'imagine même pas pouvoir égaler un jour. Et ça n'est pas pour m'avoir donné le sein. Vous avez toute la vie devant vous, ensembles, toutes les trois :) Et je suis certaine que même lorsqu'elles s'éloigneront, elles te reviendront avec le temps!
Bisous.