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jeudi 6 août 2009
vendredi 31 juillet 2009
Comment s'habiller comme un sac quand on est enceinte
dimanche 5 juillet 2009
L'histoire de Barnabé le gecko

Mafalda est en train d’arroser les plantes de sa terrasse lorsqu’elle entend un cri strident qui semble provenir du salon. Elle se précipite à l’intérieur de sa maison, le cœur battant la chamade, sans trouver tout de suite d’où provient ce bruit étrange, lorsque, prête à retourner à ses occupations, elle voit un gecko gisant sans connaissance par terre. Il est de taille moyenne, d’un beau gris tacheté, et ses pattes sont ornées de fines ventouses qui l’aident à se déplacer sur les murs. Ne sachant pas comment le ranimer, elle l’arrose copieusement d’eau avec son arrosoir.
L’effet est immédiat, le gecko ouvre les yeux instantanément et observe Mafalda, toujours allongé sur le dos, sans oser bouger.
- Bonjour, lui dit Mafalda. Comment t’appelles-tu ?
- Bonjour madame. Je m’appelle Barnabé, répond le gecko en s’asseyant.
- Enchantée de te connaître Barnabé, je m’appelle Mafalda. Dis-moi mais que t’est-il arrivé ?
- C'est-à-dire que… Je… Heu…
- Je lui ai fait peur, et il est tombé dans les pommes, répond soudain une voix au dessus de leur tête.
Mafalda et Barnabé lèvent la tête et se trouvent face à un faucheux qui se balance au bout d’un fil.
- Bonjour Adèle, comment vas-tu ? Mais dis-moi d’abord pourquoi tu as voulu effrayer ce pauvre Barnabé ?
- Je vais bien merci. Et bien figure-toi que je faisais ma sieste lorsque j’ai entendu cet animal pousser des petits cris en montant le long du mur. Il avait l’air tellement concentré que je n’ai pas pu résister, j’ai sauté de ma toile au dessus de sa tête en criant « Bouh » et cet idiot a eu tellement peur qu’il en est tombé à la renverse et s’est retrouvé inconscient sur le carreau. C’était trop drôle.
- Adèle, ce que tu as fait est inacceptable. Jamais je n’autoriserai qu’il se passe de pareilles fourberies chez moi. Excuse-toi tout de suite auprès de Barnabé ou je te bannis à tout jamais !
- Mais… Voyons Mafalda, c’était pour rire !
- Tout de suite, c’est sans appel, sinon tu fais tes valises et on verra si tu trouves facilement un gîte. Je suis sûre que les forains auraient tôt fait de te trouver un travail dans un cirque.
Adèle se redresse, fière et blessée dans son orgueil et dit à Barnabé :
- Monsieur je suis vraiment désolée de vous avoir fait peur, je ne le referai plus. Par contre, si je peux vous donner un conseil : tirer la langue quand on grimpe aux murs, ça n’aide pas.
- J’étais seulement très concentré ! Cela fait peu de temps que je grimpe aux murs et cela me demande un réel effort, dit Barnabé en baissant les yeux.
- Bon, s’écrie Mafalda, ce n’est pas tout, mais moi j’ai des plantes à finir d’arroser, si vous voulez bien m’excuser…
Mafalda se dirige vers le balcon afin d’y poursuivre son travail, Adèle retourne à sa toile et Barnabé se relève, penaud et se dirige vers le mur. Elle n’a pas fini d’arroser ses plants de mandragore quand elle entend un bruit sourd. Elle jette un coup d’œil à l’intérieur. Barnabé est encore par terre, assis cette fois, l’air dépité. Il se relève, prend son élan, jette ses pattes avant vers le haut du mur et s’étale de tout son long en se cognant le nez contre le mur. Une fois, deux fois, trois fois sans succès. Mafalda lève la tête et aperçoit Adèle, qui a beaucoup de mal à maîtriser un fou rire.
- Mais voyons Barnabé, qu’est-ce qu’il t’arrive ?
- Je ne sais pas Madame, mes ventouses semblent ne plus adhérer aux murs ! Mon dieu c’est une catastrophe, je vais devenir la risée de mon espèce ! Un gecko qui ne sait pas marcher à la verticale ! C’est moi qui vais finir dans un cirque, mais cette fois ci comme clown !
- Montre-moi donc cela mon brave.
Mafalda s’agenouille auprès de Barnabé et examine ses ventouses avec minutie.
- Elles semblent tout à fait opérationnelles, j’ai l’impression que Adèle t’a fait une peur bleue et que tu as perdu la capacité de grimper aux murs. Je voudrais bien t’aider mais le problème c’est que je ne suis pas spécialiste en invertébrés. Attends voir un peu.
La sorcière se dirige vers le placard de la cuisine et sort un rouleau de scotch d’un tiroir.
- Du scotch double face, cela devrait faire l’affaire !
Elle coupe dix petits morceaux de scotch qu’elle s’applique à coller sur les ventouses avant et arrière de Barnabé.
- Et voilà, ça c’est du beau travail, montre moi donc un peu ce que ça donne.
Barnabé se relève et se met à claudiquer comme un chat dans une flaque d’eau, en faisant un bruit étrange avec ses ventouses. Il colle ses pattes avant sur le mur, puis les pattes arrière et commence à arpenter lentement la paroi.
- Je crois que ça a l’air de marcher, regarde, je … aaaaaaaaaaaaaaaah… !!!
Barnabé n’a pas le temps de finir sa phrase et dégringole par terre une fois de plus. Les dix petits morceaux de scotch sont restés attachés au mur. Dépité, il tourne des yeux implorants vers Mafalda.
- Bon je crois qu’il va falloir que je fasse mieux que ça. Laisse-moi donc consulter le livre de
Mafalda se précipite vers sa bibliothèque et en sort un gros livre qu’elle se met à feuilleter rapidement.
- Venteux, non… Ventripotent, non, trop loin, ah voilà : ventouses. Alors, ‘’Comment ajouter des ventouses à des mains ou pattes’’, non. ‘’Comment déventouser un poulpe de son rocher’’, non. Ah voilà : ‘’Comment redonner à des ventouses leurs propriétés perdues’’. Mmm, bien, je vois, dis-elle.
- C’est... C’est grave Mafalda ? Est-ce que je ne pourrai plus jamais grimper aux murs ?
- Nooon, noooon mon petit, non, pas du tout. Il suffit d’attendre la nuit et réciter une incantation magique pour te faire retrouver ta ventousité d’antan.
- Oh merci, merci ! Je ne sais pas comment faire pour te remercier !
- Attends d’abord qu’elle t’ait transformé en crabe pour la remercier ! dit Adèle du haut de sa toile.
- Adèle, impertinente ! Je ne te permets pas. Je n’ai que très rarement commis d’erreur en restaurant des pouvoirs perdus, et j’étais en première année de magie, il faut parfois se tromper pour apprendre !
- Oui, bien sûr, mais ce n’est peut-être pas ce qu’a pensé la pieuvre que tu as transformée en serpillière espagnole !
- Tu es une immonde crapule, sors de chez moi avant que je te transforme en loukoum !
- Adèle remonte aussi sec dans sa toile et se recroqueville sur elle-même en pensant qu’elle n’en est pas à sa première remontrance de Mafalda, qui semble s’être habituée à son étrange et impertinente locataire.
Le soir arrive lentement alors que Barnabé contemple le coucher de soleil sur un ciel bleu clair zébré de nuages roses. La nuit tombe enfin sans qu’il mange quoi que ce soit, trop préoccupé par ses ventouses déficientes.
- Allez mon ami, tu peux venir t’asseoir, il est temps que je te rende ton pouvoir, la lune est bel et bien pleine ce soir, ça ne devrait être qu’une formalité.
Mafalda ferme les yeux et commença à réciter sa formule magique :
« Par le pouvoir de Thor et la barbe d’Odin,
Par la moustache de Loki,
Et les racines de l’arbre sacré Yggdrasil
Par
Du Walhalla à la terre des Elfes,
Ventouses dénuée de leur pouvoir,
Je vous ordonne de ne plus jamais laisser Barnabé choir ! »
Barnabé, assis sur un petit banc en bois, regarde Mafalda avec de grands yeux apeurés. A peine a-t-elle fini son chant magique que le petit gecko tombe dans les pommes.
- Ah non, ce n’est pas vrai ! Mais à quoi cela va-t-il servir de lui rétablir son collant aux pattes, si c’est pour qu’il tourne de l’œil chaque fois qu’il a le cœur qui bat un peu trop vite ! Barnabé. Barnabé, allez réveille-toi !
Elle met une petite gifle à l’invertébré évanoui et celui-ci ouvre les yeux.
- Oh, pardon Mafalda, je ne sais pas ce qui m’a pris… Je…
- Cesse de t’excuser et montre-moi donc si ma formule a marché !
Barnabé se relève et pose ses pattes délicatement contre le mur blanc. Enfin, je devrais dire colle, car celles-ci semble avoir retrouvé leur pouvoir de ventouse. Barnabé n’en peut plus de joie et se précipite sur Mafalda pour l’embrasser.
- Mais arrête donc idiot, tu es en train de te coller à moi, et si ça continue il va falloir que je trouve une formule pour te décoller. Ne me remercie pas, c’est inutile !
- Oh mais si Mafalda, tu as sauvé ma vie en me redonnant mes ventouses, jamais je n’oublierai ce que tu as fait pour moi. Regarde donc comme elles collent à nouveau !
Et sur ce, notre ami se précipite sur le mur qu’il arpente de long en large, avant de se trouver nez à nez contre Adèle et tomber à nouveau dans les pommes.
- Bon je vois que nous ne sommes pas tirés d’affaire, dit Mafalda en souriant. Un gecko émotif qui n’arrive plus à monter aux murs, en voilà une journée bien particulière. Je vais aller me coucher, en espérant que mes fleurs de passiflore éclosent demain, ce n’est pas tout mais j’ai un filtre d’amour à préparer !
Elle baille, se dirige vers sa chambre et dort bien tranquillement, ainsi que Barnabé, qui avait atterri dans un liseron géant dans sa chute et ne se réveillera de sa nouvelle frayeur que le lendemain matin.





